T’attendre

_Paris

_4 Mai 2019

A quelques jours de ta naissance, l’attente a commencé à sembler longue et le temps s’est immobilisé. J’ai dû me résigner à patienter. L’histoire est ensuite assez jolie : le 28 avril au matin, après avoir passé des mois sans réelle inspiration, j’ai eu envie de pallier à mon impuissance en t’écrivant. J’étais loin d’imaginer que tu serais dans mes bras à peine quelques heures plus tard!

Ce poème t’est destiné, toi dont je ne connaissais encore ni les traits ni le sexe. Je te parle de la sensation d’un temps de plus en plus élastique, où ta venue semble s’éloigner à mesure que je me rapproche du terme de ta naissance. Aragon décrit magnifiquement dans Elsa son rapport au temps, lorsque le corps est en prise aux émotions et à la force des sentiments. Ses mots m’ont touchée, je me suis sentie comprise, et j’avais envie de te décrire ce que je ressentais en t’attendant:

Impatience, excitation, fantasme mais aussi fatigue et frustration qui expliquent certainement le ton mélancolique de quelques vers.

Je publie ce texte le 4 Mai, 6 jours (déjà!) après ta naissance. J’ai aimé relire ces lignes à mon retour de la maternité. Des premiers mots écrits à l’aveugle et qui sont déjà gorgés d’amour. Il manquait une dernière strophe que j’ai composée aujourd’hui.

T’attendre…

Si comme Aladin, au génie de la lampe,

Je pouvais demander à exaucer un vœu,

Ce serait mettre fin à cette longue attente,

Et pouvoir vivre enfin cet instant merveilleux.

Cette seconde unique, l’instant de la rencontre,

Celui où mon regard plongera dans tes yeux,

Où je pourrai sentir ton cœur battant tout contre,

Comme une mélodie au tempo délicieux. 

Hélas je ne suis Aladin, ni la vie comme un conte,

Et le temps depuis peu semble s’être figé,

Comme des grains humides dans un sablier,

Que le diaphragme étroit aurait emprisonnés.

Et j’ai beau naviguer vers toi comme vers une ile,

Entrevoyant déjà la fin d’un long voyage,

Et croyant distinguer des contours, un rivage,

Me voilà nauséeuse, sur une mer immobile.

Mon impatience est vaine, le temps à la dérive,

Est d’une humeur joueuse, s’amuse et procrastine,

Il étire à l’envie l’espace entre nos rives,

Ignorant l’impatience qui en moi tambourine.

Alors je prends ma plume, pour ne plus me languir,

Rien ne sert d’un génie pour combler mes désirs,

Te bercer de mes mots, savourer cette attente,

Valent bien tous les vœux d’une magique lampe.



















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